PLUSIEURS VERITES QUI FONT VOIR L’UTILITE DE LA MEMOIRE JOURNALIERE DE LA PASSION

6 mars 2009

Par Monseigneur Jean-François Lantheaume, de la Communauté Saint Martin

PREMIERE VERITE

La mémoire journalière de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ est un moyen très efficace pour nous retirer du péché. En effet, rien ne nous fait mieux connaître son énormité, sa malice et la grandeur des peines qu’il mérite, que la vue d’un Dieu souffrant pour l’expier. Rien n’inspire plus de mépris pour les honneurs et pour les vanités du monde, que les profonds abaissements de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Rien n’est plus capable de nous ôter le goût et la passion que nous avons des faux plaisirs de cette vie, que de considérer les douleurs extraordinaires que Jésus endure pour nous. Enfin, rien ne fait concevoir une plus haute estime des grâces de sainteté et des récompenses éternelles que la considération du prix infini auquel Jésus les a achetées, puisqu’elles ne lui ont pas moins coûté que l’effusion de tout son sang, et la perte de sa vie. Tous ces motifs sont merveilleusement puissants pour nous détacher des vices et des créatures et pour nous porter promptement à Dieu. C’est en quoi consiste la véritable conversion et ce sont les heureux effets de la mémoire journalière de la Passion de Notre-Seigneur. En effet, le pécheur s’élevant tous les jours par ce saint exercice vers la croix de Jésus, pour chercher dans son sang le remède de ses crimes, se sépare et s’éloigne insensiblement de tout ce qui peut déplaire à Dieu, et suivant les exemples pieux de ce divin Modèle, il rencontre un guide assuré qui le conduise au ciel. Car c’est principalement sur le calvaire que Jésus est la voie qui retire le pécheur de son égarement, la vérité qui l’éclaire, et la vie qui l’anime, et qui le fait marcher avec courage et avec force dans le chemin de la vertu.

SECONDE VERITE
La mémoire journalière de la Passion de Notre-Seigneur est un moyen fort salutaire pour nous empêcher de retomber dans nos désordres. C’est le sentiment que Saint Augustin exprime si fortement par ces paroles : rien ne nous est si salutaire que de penser tous les jours, combien celui qui est Dieu et homme a souffert pour nous. « Nihil tam salutiferum nobis est, quam quotidie cogitare quanta pertulit pro nobis Deus et homo » (Serm. 52). Et pour nous convaincre de cette vérité, il la confirme par son expérience en nous assurant qu’il n’a point trouvé de remède plus efficace dans tous ses besoins que de recourir aux plaies de Notre-Seigneur Jésus-Christ « in omnibus non inveni tam efficax remedium, quam vulnera Christi ». Et en effet, si Jésus sur la Croix est un divin aimant capable d’attirer les cœurs les plus endurcis, il est en même temps un rempart invincible contre toutes les attaques que nos ennemis pourraient nous livrer. Car comment serait-il possible que reconnaissant tous les jours que le péché est la cause funeste de tous les tourments de notre Divin Sauveur, on n’en conçût pas une horreur extrême, et qu’on s’y abandonnât facilement ; puisqu’on peut dire qu’en considérant Jésus au milieu des douleurs, nous voyons nos péchés écrits en caractères de sang sur tout son corps.

TROISIEME VERITE
La mémoire journalière de la Passion de Notre-Seigneur est un excellent moyen pour faire de grands progrès dans la vertu. Si la solide perfection consiste à se dépouiller toujours plus parfaitement du péché, à se purifier de plus en plus de toutes ses souillures, et à se purger de tout amour terrestre, pour se remplir uniquement de l’esprit et de l’amour de Notre-Seigneur, il me semble que c’est un grand secret, pour avancer bientôt dans un ouvrage si important que d’aller tous les jours en esprit au Calvaire pour laver son âme dans le Sang que Jésus y a versé ; étant certain que c’est par ces pensées fréquentes qu’on se plonge pour ainsi dire, dans cette source sacrée, et que l’on ressent l’effet de la vertu qu’elle a de communiquer la plénitude de la vie. L’Apôtre confirme cette vérité par la comparaison, qu’il fait des chrétiens, à des sauvageons qui ont été entés dans Jésus-Christ en les avertissant en même temps de l’obligation qu’ils ont de porter des fruits conformes à cet arbre divin, et de lui devenir semblables en sa mort : « si enim complantati facti sumus similitudini mortis ejus, simul et resurrectionis erimus » et que pour se trouver un jour enté en Jésus Ressuscité, on doit l’avoir été en Jésus Crucifié, étant nécessaire pour être délivré de la servitude du péché, que notre vieil homme ait été crucifié avec Jésus-Christ «hoc scientes quia vetus homo noster crucifixus est », et que si nous voulons vivre avec lui, il faut auparavant mourir à toutes choses avec lui ; si autem mortui sumus cum Christo, credimus quia simul etiam vivemus cum Christo. Tout cela nous apprend que c’est proprement sur la croix que nous avons été entés en Jésus-Christ et que tous les fruits que nous devons porter, doivent être des fruits de la croix. C’est à cet arbre mystérieux qu’il faut s’unir pour recevoir sa sève, c’est-à-dire la communication de la grâce que le Sauveur nous y a méritée, et pour vivre de la vie qu’il y a immolée pour nous, afin que nous ne soyons pas du nombre de ces rameaux inutiles et brisés, qui étant malheureusement séparés de leur tronc ne sont plus propres que pour le feu. Nul ne peut douter que la mémoire journalière de la passion de Notre-Seigneur ne soit un excellent moyen pour nous faire arriver à cette sainte union puisqu’elle conduira tous les jours notre esprit jusques dans son cœur adorable, pour recevoir ces divines communications, et qu’elle servira à nous tenir inséparablement attachés à lui.

QUATRIEME VERITE
La mémoire de la Passion est un exercice extrêmement agréable à Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il ne faudrait pour nous en convaincre que rapporter ici quelques-uns des témoignages qu’il en a donnés par des apparitions fréquentes et par les grâces extraordinaires dont il a favorisé les Saints, qui se sont fait une dévotion particulière, de penser fort souvent à ses souffrances. L’institution du Saint Sacrement en est la preuve. Vous savez qu’il est le mémorial de la Passion et que notre Divin Sauveur l’a institué particulièrement pour nous exciter à y penser très souvent. C’est qu’il recommande à ses apôtres : « faîtes ceci en mémoire de moi, car, ajoute-t-il, toutes les fois que vous mangerez de ce pain et que vous boirez à ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il revienne » I Cor. II. Ainsi il n’est pas difficile de se persuader que la mémoire journalière de la passion de Notre-Seigneur est un exercice qui lui est fort agréable ; puisqu’il nous a laissé un si grand moyen pour nous y porter. Nous comprendrons encore mieux cette vérité si nous la considérons par rapport à ce qui se passe tous les jours parmi nous. Il est certain qu’on fait une chose très agréable pour un ami quand on lui témoigne souvent que l’on conserve la mémoire de ses bienfaits ; et ce n’est pas sans raison puisqu’on l’assure par ce souvenir fréquent, que l’on a de la reconnaissance et de l’amour pour lui, et que l’on est dans une continuelle disposition, de répondre aux obligations dont on lui est redevable. Ainsi Notre-Seigneur Jésus-Christ le plus grand et le meilleur de tous les amis, qui a donné sa vie pour nous, ne peut manquer de prendre beaucoup de plaisir à voir que nous consacrons tous les jours quelque temps à la mémoire de cet insigne bienfait.

CINQUIEME VERITE
La mémoire journalière de la passion du Fils de Dieu est une pratique très consolante pour nous. On peut bien dire que la plupart de ceux qui entrent dans cette pratique se trompent assez ordinairement dans l’idée qu’ils s’en forment d’abord ; ce qui fait qu’encore qu’ils soient souvent convaincus de son utilité ils ne laissent pas toutefois de l’entreprendre avec quelque sorte de peine. On se représente la méditation des souffrances de Notre-Seigneur, comme la source de tristesse continuelle, et comme une espèce d’amertume, capable d’altérer toute la douceur de l’esprit et du cœur d’un chrétien, qui ne saurait ainsi qu’on s’imagine, penser si souvent aux douleurs de son divin maître, sans en être vivement touché. Mais quand cela serait véritable, on pourrait répondre qu’il est bien juste de souffrir tous les jours en esprit durant un quart d’heure, la douleur que peut causer la vue de tourments de celui qui n’a pas refusé d’endurer pour nous dans son âme et dans son corps durant toute sa vie. Mais s’il est vrai que la pensée d’un sujet si touchant nous humilie dans nos prospérités, et nous trouble au milieu de nos plaisirs charnels, et de nos fausses joies, elle n’interrompt jamais la paix de notre cœur, laquelle se goûte beaucoup mieux parmi les larmes que l’on verse pour Jésus-Christ qu’au milieu de ces funestes douceurs dont ce monde enivre et empoisonne ceux qui l’aiment et qui le suivent. Que s’il arrivait par une grâce particulière de Dieu que nous fussions si vivement pénétrés de la passion de notre aimable Sauveur, que notre cœur devînt insensible à toutes les délices du siècle, il est constant que leur privation serait bien récompensée non seulement dans le ciel, mais dès ce monde, par la consolation et par la tranquillité et souvent même par la joie que l’on goûterait dans les maladies, dans les afflictions et dans tous les autres maux qui jettent dans l’accablement et dans le désordre, ceux qui ne veulent entendre parler que de satisfactions et de plaisirs ; en quoi s’accomplit tous les jours cette promesse du Seigneur « tristitia vertetur in gaudium » Joan. XVI : votre tristesse se changera en joie. En effet, à mesure que nous devenons plus sensibles aux souffrances de Jésus, nous le sommes beaucoup moins aux nôtres, parce qu’alors comme dit l’Apôtre, nous vivons plus en lui qu’en nous : vivo autem jam non ego, vivit vero in me Christus, Gal. ch. II. Mais il faut bien remarquer que l’expérience seule peut convaincre de cette grande vérité et pour ainsi dire la rendre palpable, pourvu qu’on soit fidèle pendant un temps considérable, à l’exercice que l’on vient de marquer ; Dieu n’accordant ordinairement cette sorte de grâce qu’à ceux qui travaillent et qui le servent avec persévérance. Ajoutez qu’à l’heure de la mort, ce sera une grande consolation pour tous ceux qui se seront préparés tous les jours de leur vie, par la méditation de la mort et de la Passion de celui qui seul peut rendre ce terrible moment favorable pour nous, et si précieux à ses yeux.

SIXIEME VERITE
La pratique de la mémoire journalière de la Passion de Notre-Seigneur est si facile à toutes sortes de personnes pourvu qu’on en soit bien instruit. C’est une tentation fort commune à tous ceux qui commencent à travailler sérieusement à leur salut de se figurer d’abord beaucoup plus de difficultés qu’il n’y en a dans le chemin de la vertu ; le démon se servant souvent de ce moyen pour leur faire quitter leurs saintes entreprises. Il représente ordinairement la piété sous un visage si sombre et si austère qu’il est bien difficile qu’elle ne donne de la terreur à ceux qui n’ont ni assez de pénétration pour découvrir cet artifice, ni assez de sagesse et de résolution pour éprouver combien le joug du Seigneur est doux et léger. On ne doute point pour cette raison, que cette pratique ne paraisse d’abord difficile à plusieurs que ce ne soit le plus puissant obstacle qui pourrait les empêcher d’en tirer le fruit que l’on désire à moins qu’ils ne veuillent accorder une grâce qu’on leur demande pour l’intérêt de leur salut, qui est de n’en point juger qu’après l’avoir exercée au moins pendant un mois et l’on se persuade que pourvu que dans cet exercice ils n’en porteront point d’autre jugement sinon qu’il est très saint, très consolant, très facile, pour peu qu’ils veuillent se captiver pour l’amour de Jésus-Christ. Voilà les vérités qui peuvent nous faire comprendre l’utilité de la mémoire journalière de la Passion.

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