Sermon du deuxième dimanche de Carême a.D. 2009 – De la prière

11 mars 2009

Si lorsque vous priez, vous avez du mal à vous concentrer sur votre oraison, alors ce sermon vous sera très précieux et je vous engage, de tout mon cœur, à le lire.

Si vous voulez directement aller au point du sermon traitant cela, cliquez ici. Sinon lisez le en entier, ça ne peut que faire du bien, la première partie du sermon traite de la nécessité de la prière, et j’engage tout homme de bonne volonté à prendre son courage à deux mains et à lire. Vous verrez, on se dit que c’est long, mais c’est se forcer à commencer à lire qui demande des efforts, ensuite ça va tout seul !

Par monsieur le chanoine Jean-Marc Rodié, de l’Institut du Christ Roy Souverain Prêtre

« Tanto tempore vobiscum sum »

Mes biens chers frères,

« Il y a bien longtemps que je suis avec vous et vous ne me connaissez pas ? [1]» Tel est le reproche le plus sévère que Notre Seigneur a adressé à ses Apôtres alors qu’Il avait passé tant de temps à les instruire…

Au dernier jour, ce reproche sera encore la condamnation de plusieurs, alors que Celui qui est la Vie Eternelle et la Lumière des hommes apparaîtra dans toute sa Gloire, comme au Thabor. Même s’il fait montre de toute sa divine Miséricorde, nous ne ferons que toujours en abuser ! Mais c’est Lui-même qui nous le demande !

L’homme, mes frère, a été créé pour connaître Dieu, l’aimer, le servir et l’adorer ; par ce moyen obtenir la vie éternelle. L’amour engendre la perfection dans le service de Dieu : « si vous m’aimez, vous garderez mes Commandements [2]». Mais l’Amour naît lui-même de la connaissance : « Jam non dicam vos servos », reprend le Pontifical dans le rite de l’ordination sacerdotale ; « Je ne vous appelle plus serviteur, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son Maître [3]».

Nous devinons, par ces textes sortis de la plume de Saint Jean, par la « bouche » du Saint Esprit, nous devinons la fonction de la contemplation que veut nous montrer notre Mère la Sainte Eglise en ce deuxième dimanche de Carême, qu’elle est l’invitation qu’elle nous adresse…

Dans la vie surnaturelle, en effet, la contemplation nous élève à la connaissance de Dieu, tout chrétien est invité à contempler Dieu, dès ici-bas… Tel est aussi le modèle que nous donne Notre Très Sainte Mère, et ce dès l’Annonciation : « Marie conservait toutes ces paroles, les méditant dans son cœur[4] », nous dit Saint Luc.

La contemplation n’est pas cette science qui ne regarde que l’intelligence. Elle est ce regard de l’âme entière, intelligence et volonté tout à la fois, vers la lumière divine. A son premier degré, elle semble éveiller en nous le don de piété, sous la forme d’une tendre dévotion plus ou moins habituelle qui pourrait nous faire dire volontiers avec Saint Pierre : « Il nous est bon d’être ici, si vous voulez, faisons-y trois tentes ».

Mais pour arriver au moins à ce premier degré, chers amis, il nous faut toujours et sans cesse nous appliquer à la méditation et à l’oraison, à la lectio divina ou encore à la récitation dévote du chapelet ou tout autre exercice de piété.

Arrêtons-nous à la méditation. Nous avons besoin de grâces et de secours plus abondant, obligés que nous sommes de tendre à une plus haute perfection à raison de la sainteté qu’exige notre état de baptisé.

En effet, il nous suffit de savoir que, sans oraison, nous n’aurons que peu de lumière concernant la grande affaire du Salut. Sans méditation, nous penserons que trop peu aux obstacles rencontrés, ainsi qu’aux obligations à remplir pour se sauver. En un mot, celui qui ne fait pas bien oraison a peu de lumière, et aussi, peu de force.

C’est dans le repos de l’oraison, dit Saint Bernard, que nous acquerrons les forces nécessaires pour résister aux ennemis et pratiquer les vertus. Si une âme ne se retire pas de temps en temps dans le silence de la vraie oraison pour s’entretenir avec Dieu seul, elle manque de force pour continuer à faire le bien et tombe bientôt dans la langueur, et puis, bientôt, dans les occasions où elle succombe.

D’ailleurs, toute notre force est dans le secours de la grâce : « je puis tout en celui qui me fortifie [5]».

Mais ce secours, Dieu ne l’accord qu’à ceux qui prient. Or celui qui médite mal, plus ou moins volontairement, connait peu ses défauts, ainsi que les dangers où il se trouve de perdre la grâce de Dieu, ni le moyen de surmonter les tentations. Par conséquent, il connaîtra peu la nécessité où il est de prier, il négligera de le faire. Et en ne priant point, il se perdra certainement.

Sainte Thérèse d’Avila disait que celui qui néglige son oraison n’a pas besoin d’être porté en Enfer par les démons, il s’y jette lui-même.

Il en est qui récitent beaucoup de prières vocales, mais ces prières, quand nous ne pratiquons pas l’oraison mentale, se fait difficilement avec attention : si nous les disons avec un esprit distrait, le Seigneur les écoute peu. Il en est beaucoup qui prient, dit Saint Augustin, non avec leur voix, mais avec la voix du corps. Notre cri vers le Seigneur, c’est notre pensée. Il ne suffit pas de prier par la bouche, il faut aussi prier en esprit si nous voulons obtenir de Dieu les grâces que nous lui demandons. C’est l’expérience qui le prouve, beaucoup récitent des prières vocales, et ils font bien, mais ils n’en tombent pas moins dans le péché et continuent d’y vivre.

Suivant le mot de Saint Augustin : « Que votre cœur s’occupe de ce que professe vos lèvres ». En effet, comment voulez-vous que Dieu écoute ce que nous n’écoutons pas nous-mêmes ?

Au contraire, celui qui pratique l’oraison tombe difficilement dans le péché et si jamais il a le malheur d’y tomber, il ne demeurera pas aisément dans ce misérable état : ou il abandonne l’oraison, ou il quitte le péché ! Oraison et péché ne pouvant subsister ensemble.

Chers amis, l’oraison, selon Saint Laurent Justinien, met en fuite la tentation, dissipe la tristesse, répare les forces de l’âme, réveille sa ferveur et l’enflamme du divin amour. La méditation, disait Saint Bernard, règle les afflictions, gouverne les actions, redresse les défauts.

Mais, direz-vous, tout cela est bien beau, mais lorsque je veux méditer, je ne puis y trouver que désolation, distractions et tentations. Mon esprit est toujours errant, ne sait point se fixer et méditer…

Saint François de Sales répond à cela que, quand même nous nous occuperions dans l’oraison qu’à chasser et à repousser continuellement les distractions et tentations, elle n’en serait pas moins bien faite, pourvu que les distractions et tentations ne fussent pas volontaires. Le Seigneur voit avec plaisir la bonne intention que nous avons, et la peine que nous nous donnons pour persévérer jusqu’au bout du temps destiné à l’oraison, et il récompense ces efforts par des grâces abondantes. Nous ne devons pas aller à l’oraison pour y trouver du plaisir, mais pour faire le plaisir de Dieu.

Notre Saint Docteur disait encore qu’une once d’oraison faite au milieu des désolations pèse plus devant Dieu que cent livres au milieu des consolations. Les statues immobiles qui ornent les galeries d’un palais, ne se lassent pas que de faire honneur au Prince. Si donc le Seigneur veut que nous soyons comme des statues en sa présence, contentons-nous de l’honorer comme des statues. Il nous suffira alors de Lui dire : « Seigneur, je suis ici pour vous plaire ».

Chers amis, le Carême ne se comprend qu’avec la Passion et la Croix. Il faut se dire cela, et en être bien convaincu, afin de tout prendre en gré. Passons tout ce qui reste de notre vie dans la joie du Saint-Esprit : lui seul peut nous faire comprendre et accepter une vie de souffrance et nous donner la joie.

Chers amis, une des plus belles paroles de l’Evangile est celle que nous avons entendu aujourd’hui : « celui-ci est mon fils bien-aimé, écoutez-le ». Elle nous dévoile la vie intime de Dieu, la joie intérieure que le Père prend en son Fils.

« Ecoutez-le », c’est-à-dire suivez-le, attachez vous à Lui, ne faites plus qu’un en Lui. Jésus, et c’est tout ! Quand nous aurons compris cela, Chrétiens, nous aurons envie de nous débarrasser de tout le reste pour adhérer plus encore à Lui. Mais pour le comprendre, pour voir Jésus en tout et partout, il nous faut la foi, une très grande foi nourrie par la méditation, l’oraison et la contemplation.

Notre Seigneur Jésus Christ suffit au Père. Puisse-t-il suffire à chacun d’entre nous. Ainsi soit-il !


[1] Jn XIV, 9

[2] Jn XIV, 15

[3] Luc II, 19

[4] Mt XVII, 4

[5] Phil. IV, 13

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